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Les découvertes archéologiques à Aïn Boucherit (Sétif), qui accréditent la thèse selon laquelle l’Algérie est «le berceau de l’humanité», ont suscité une polémique déclenchée par des chercheurs français.

Le magazine Le Point.fr a publié, le 14 décembre 2018, un article au titre volontairement provocateur, intitulé «Non, l’Algérie ne serait pas un nouveau berceau de l’humanité», de Fréderic Lewino, mettant en doute la datation de 2,4 millions d’années des outils taillés associés aux restes fossiles portant des traces de découpes découverts sur le site archéologique de Aïn Boucherit (Sétif, Algérie), fouillé par le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), dont les résultats ont été publiés dans la revue Science le 29 novembre 2018.

Selon Le Point.fr, «la découverte algérienne est passionnante, mais il est bien trop présomptueux de parler de deuxième berceau de l’humanité». Prétentieux, le mot a de quoi choquer ! Dans une conférence de presse donnée le 2 décembre 2018, Mohamed Sahnouni, directeur du projet de recherche paléoanthropologique de Aïn El Hanech, avait divulgué des vérités : «L’équipe de chercheurs ayant dirigé les fouilles a dû faire face au lobby français au niveau international, qui visait à diminuer de l’importance de la découverte et des efforts des chercheurs algériens afin de les marginaliser.

Des données scientifiques ont été cachées pour prouver que le site archéologique découvert au Maroc est le plus ancien. Les chercheurs français agissaient non pas par souci de précision scientifique, mais dans un nouveau contexte colonial qui cherche à maintenir l’Algérie à l’écart et dépendante de la France qui n’était pas au premier plan du travail scientifique commencé dans les années 1990 du siècle dernier. L’équipe de chercheurs a voulu répondre aux allégations françaises avec des arguments scientifiques soutenus par l’environnement scientifique mondial et a publié ses résultats dans des revues scientifiques prestigieuses et des publications au niveau international.»

«Il est clair que le journaliste Fréderic Lewino, à dessein et malveillant, n’a pas rapporté honnêtement toutes les données des datations publiées dans l’article de Science. En effet, les trouvailles de Aïn Boucherit ont été datées en se basant non seulement sur le paléomagnétisme, mais aussi sur la datation de résonance paramagnétique électronique (RPE ou ESR) de grain de quartz blanchi, la biochronologie des grands mammifères et le taux d’accumulation sédimentaire (SAR)», ajoute le professeur Sahnouni dans une précision au site électronique TSA.

Contacté par El Watan, Farid Kherbouche, directeur du CNRPAH, ne veut pas céder à la polémique et veut plutôt rester sur le terrain de l’objectivité. «Il y a quatre datations, et non une, qui sont complémentaires, cohérentes et concordantes entre elles», dit-il d’emblée. Et pour dissiper le doute, il poursuit : «La revue Science est très prestigieuse dans le monde. Avant toute publication, il y a 7 grands spécialistes de la datation, de l’archéologie et paléontologie qui relisent l’article, disent s’il faut apporter des modifications et le valident ensuite : cela passe par un comité de validation de lecture.» C’est le filtre le plus sévère au monde.

Selon lui, «le professeur J.-J. Hublin, invoqué du côté français, n’est spécialiste ni des méthodes de datation, ni des faunes de l’époque, ni archéologue. Il est spécialiste de la paléoanthropologie, qui s’intéresse aux restes humains (crânes) de la période des Homo sapiens (300 000 ans jusqu’à maintenant). Chronologiquement, il ne va pas jusqu’à 2,4 millions d’années». Une partie de la presse française a mis en avant ce chercheur pour discréditer les découvertes algériennes. «Ils nous rendent service avec une polémique, cela fait parler encore plus de la découverte», poursuit notre interlocuteur.

Il faut dire que la partie française n’est pas à sa première tentative de jeter le discrédit sur des recherches algériennes. C’est devenu même une constante. Il se souvient : «Dans les années 2009-2010, lorsque l’on avait publié que le site de Aïn Hanech avait 1,8 million d’années, les chercheurs français, qui se sont cachés derrière le même professeur, ont contesté, disant qu’il n’avait pas plus d’un million d’années.

On a démonté leur argumentaire, on s’est rendu compte qu’ils avaient menti et dissimulé des informations.» «Il faut dire qu’aujourd’hui en Algérie, il existe de très grands spécialistes qui ont la capacité de conduire des fouilles de très haute précision en archéologique, comme c’est le cas dans la grotte de Gueldaman, dans la région d’Akbou. Les fouilles sont d’une précision et d’une minutie contre lesquels peu de sites au monde peuvent rivaliser.

Ce qui nous manque en Algérie, ce sont les équipements scientifiques pour faire des datations et des analyses physicochimiques et, dans ce cas, nous avons recours à la collaboration avec des étrangers dans un cadre de prestations techniques, mais nous sommes maîtres de nos projets de recherche.»

 

Le magazine Le Point.fr vient de publier un article intitulé : “Non, l’Algérie ne serait pas un berceau de l’humanité” par Fréderic Lewino, mettant en doute la datation de 2,4 millions d’années des outils taillés associés aux restes fossiles portant des traces de découpes découverts sur le site archéologique d’Ain Boucherit (Sétif, Algérie) fouillé par le CNRPAH* dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Science le 29 novembre 2018. Dans cet article, ce journaliste n’apporte aucune preuve appuyant ses assertions, se contentant seulement de rapporter la critique du Professeur J-J. Hublin selon laquelle le paléomagnétisme n’est pas adapté à la datation des découvertes de Ain Boucherit.

Cependant, il est clair que le journaliste Fréderic Lewino, à dessin et malveillant, n’a pas rapporté honnêtement toutes les données des datations publiées dans l’article de Science. En effet, les trouvailles d’Ain Boucherit ont été datées en se basant non seulement sur le paléomagnétisme mais aussi sur la datation de Résonance Paramagnétique Électronique (RPE) ou (ESR) de grain de quartz blanchi, la biochronologie des grands mammifères et le taux d’accumulation sédimentaire (SAR).
 
L’étude paléomagnétique a été entreprise par le Professeur Josep Maria Pares qui est un grand spécialiste dans ce domaine et connu mondialement par ces travaux de datation des plus anciens sites archéologiques notamment dans la Péninsule ibérique et dans la région méditerranéenne. Les preuves paléomagnétiques d’Ain Boucherit sont convaincantes montrant d’une manière remarquablement claire les inversions du champ magnétique à travers le temps sur une séquence stratigraphique de 50 m. Les niveaux archéologiques successifs, contenus dans cette séquence stratigraphique, sont corrélés avec l’échelle paléomagnétique globale (GPTS) en s’appuyant sur la datation absolue RPE effectuée par le français Dr. Mathieu Duval grand spécialiste du ESR de l’Université de Griffith (Australie) connu par ses travaux de datation par cette méthode notamment des sites anciens du pourtour méditerranéen. La datation RPE de 1,92 million d’années corrèle sans aucune ambiguïté les niveaux archéologiques d’Ain Boucherit avec la période ancienne de la polarité inverse de Matuyama.

La datation des découvertes d’Ain Boucherit est aussi étayée par la méthode de la biochronologie des grands mammifères, conduite par le paléontologue hollandais Jan van der Made du Musée des Sciences Naturelles de Madrid (Espagne) spécialiste mondial des grands mammifères. Le Professeur J. van der Made est connu pour ses travaux paléontologiques et biochronologiques des suidés qui sont précis, crédibles et respectés par les paléontologues de sa spécialité du monde entier. Enfin, les résultats de ces trois méthodes ont permis de raffiner l’estimation des âges d’Ain Boucherit de 1,92 et 2,4 millions d’années par la méthode du Sedimentary Accumulation Rate (SAR) très utilisée dans le monde entier et notamment pour estimer des âges de sites archéologiques anciens en Afrique. Les résultats obtenus de la combinaison de ces quatre méthodes de datation ont convaincu les éminents reviewers évaluant l’article, qu’ils ont validé et unanimement recommandé sa publication dans la revue Science.

Il est surprenant que la critique de la méthode du paléomagnétisme vienne du Professeur J-J. Hublin parce qu’il n’est spécialiste ni de cette méthode ni d’une autre technique de datation. Son expertise n’a rien à voir avec les datations absolues ou le domaine des plus anciennes occupations humaines (sujet de l’article de Science), et n’a jamais visité le site de Ain Boucherit. Il est plutôt anthropologue spécialiste de l’étude des restes d’hommes modernes (Homo sapiens) datant de moins de 300 000 ans. Il est intéressant de noter, cependant, que le Professeur Hublin n’est pas cohérent avec ses critiques du paléomagnétisme d’Ain Boucherit. En effet, il est cosignataire d’un article (1) portant sur l’âge du site à hominidés de Tighennif (ex. Ternifine) qu’ils ont estimé à 700 000 ans en se basant également sur le paléomagnétisme mais qui est présenté par eux comme une méthode crédible et précise. Autrement dit, le Prof. Hublin voudrait transmettre que ce qu’ils publient eux est incontestable et valable et ce que publient ces algériens et leurs collaborateurs étrangers n’est que basé sur des méthodes grossières ; et selon le journaliste Fréderic Lewino, ils « poussent le bouchon un peu loin ».

Que ceux qui sont en cours de rédiger un « papier remettant les pendules à l’heure », comme le rapporte le journaliste, exposent les preuves irréfutables en leur possession susceptibles de contredire les conclusions publiées dans l’article d’Ain Boucherit de Science. Toutefois, il faut qu’ils soient honnêtes parce que la dernière fois ils ne l’étaient pas quand ils ont contesté la datation de 1,8 million d’années du site d’Ain Hanech bien qu’il ne s’agît pas encore de « berceau d’humanité en Algérie ». En effet, ils sont allés jusqu’à mentir pour faire valoir leurs travaux conduits dans un pays voisin et dire qu’Ain Hanech ne date que d’environ 1 million d’années. Nous avons répondu à ces critiques malveillantes par deux articles (2,3) en exposant leurs mensonge et malhonnêteté et en démontrant sans ambiguïté aucune, qu’Ain Hanech date bien de 1,8 million d’années. Nous répondrons de la même manière à ce soi-disant « papier en cours de rédaction » pour réaffirmer que les trouvailles d’Ain Boucherit datent bien de 2,4 et 1,9 millions d’années.

 

*Centre National de Recherches Préhistoriques Anthropologiques et Historiques (CNRPAH)

 

(1) Geraads D, Hublin J-J., Jaeger J-J., Tong H., Sen S., Toubeau Ph. The Pleistocene hominid site of Ternifine, Algeria: New results on the environment, age, and human industries. Quaternary Research 25, 380-386 (1986).

(2) Sahnouni M. Hadjouis D., van der Made J., Derradji A., Canals A., Medig M., Belahrech H., Harichane Z., Rabhi M. On the earliest human occupation in North Africa: A response to Geraads et al. Journal of Human Evolution 46, 763-775 (2004).

(3) Parés J.M., Sahnouni M., Van der Made J., Pérez-González A., Harichane Z., Derradji A. Medig M. Early human settlements in Northern Africa: Paleomagnetic evidence from the Ain Hanech Formation (northeastern Algeria). Quaternary Science Reviews 99, 203-209 (2014).